Les entreprises du secteur biopharmaceutique adoptent de plus en plus des structures transfrontalières, devenant une norme dans le domaine des sciences de la vie. Que ce soit une société israélienne ouvrant une filiale aux États-Unis pour tirer parti du vivier de talents du MIT ou de Stanford, une entreprise basée en Chine organisant sa propriété intellectuelle aux États-Unis pour attirer l’investissement en capital-risque, ou une société pharmaceutique européenne établissant une entité américaine pour effectuer des essais cliniques près de la FDA, ces structures sont désormais essentielles dans l’industrie.
Cependant, il est souvent sous-estimé que la création et la gestion correctes de ces structures dès le départ peuvent éviter d’importants problèmes comptables, fiscaux et de conformité à l’avenir. Les entreprises qui naviguent sans heurts ne sont pas nécessairement celles avec les budgets les plus élevés, mais plutôt celles qui traitent les infrastructures financières et fiscales comme une priorité stratégique dès leur entrée sur le marché américain.
Les sociétés étrangères dans les sciences de la vie s’établissent aux États-Unis principalement pour bénéficier d’un accès à un bassin de talents spécialisés, à la proximité de centres médicaux de recherche et universitaires, à des protections de propriété intellectuelle renforcées, et à des investisseurs américains. Avec un environnement de financement devenant plus sélectif, les investisseurs institutionnels montrent une préférence croissante pour les entités basées aux États-Unis qui détiennent leur propre propriété intellectuelle et réalisent des activités de R&D localement. Ce paysage d’incertitude géopolitique et monétaire rend la création de filiales américaines d’autant plus attrayante pour lever des fonds. Par ailleurs, il est préférable pour les investisseurs de travailler avec des structures basées aux États-Unis, car cela simplifie les démarches de diligence raisonnable et de sortie.
Le coût de la vie et les dépenses opérationnelles varient considérablement, et les fondateurs étrangers sont souvent surpris par le coût élevé de la main-d’œuvre et des espaces de laboratoire aux États-Unis par rapport à leur pays d’origine. Toutefois, le compromis en vaut généralement la peine en termes d’accès aux investisseurs et de crédibilité sur le marché.
Une des principales questions à aborder pour les entreprises est de déterminer où se situe l’activité de R&D d’un point de vue juridique et financier, une décision souvent influencée par des conseillers juridiques, selon la stratégie de propriété intellectuelle adoptée.
Dans la configuration de structure la plus courante, une société mère étrangère finance une filiale américaine, qui recrute des équipes de recherche, engage des dépenses de R&D, puis facture à la société mère le remboursement des coûts majorés. Ce modèle d’accord à coût majoré, bien qu’apparenté à un concept simple, présente néanmoins deux domaines clés de risque et de confusion.
Premièrement, les règles en matière de prix de transfert imposent que les transactions entre sociétés soient menées à des conditions de pleine concurrence, exigeant que les prix et conditions reflètent ceux que des parties non liées accepteraient dans des circonstances similaires. Les autorités fiscales surveillent cette conformité de près. Un accord entre parties liées doit être soutenu par un accord formel décrivant les détails des arrangements de majoration et des modalités de facturation, et ne peut être simplement signé et oublié. Il doit être mis à jour en fonction de l’évolution du modèle commercial. Par exemple, une entreprise passant d’une R&D strictement à coût à une distribution de produits doit justifier cette transition, sinon elle s’expose à des risques en cas d’examen fiscal ou lors de fusions-acquisitions.
Deuxièmement, des retards dans les paiements des factures à coût majoré par la société mère peuvent entraîner des problèmes de trésorerie pour la filiale américaine, compliquant le paiement des salaires. La clarification du calendrier des transferts interentreprises et la tenue d’un registre précis des soldes interentreprises sont cruciales pour éviter les crises.
Il est également important de souligner qu’un des avantages de la R&D aux États-Unis est l’accès aux crédits d’impôt fédéraux pour la recherche, permettant de compenser les impôts. Les startups sans revenus peuvent demander jusqu’à 500 000 $ par an pour compenser les charges sociales futures, constituant un levier financier significatif dans leur attente de résultats positifs d’essais cliniques.
Cependant, l’utilité des crédits d’impôt dépend de la précision des documents relatifs aux frais de R&D. L’IRS a le droit d’examiner ces enregistrements non seulement durant l’année de génération des crédits, mais également lors de leur utilisation future, nécessitant une documentation solide pouvant résister à un examen minutieux à long terme.
Au-delà des incitations fédérales, les programmes étatiques, tels que ceux du Massachusetts, peuvent également offrir des crédits d’impôt supplémentaires aux entreprises éligibles en fonction des étapes d’embauche. Le choix du lieu d’implantation ne doit pas être uniquement une question fiscale, mais aussi une analyse attentivement intégrée de l’environnement fiscal de chaque État.
Ce besoin de vigilance ne s’applique pas seulement aux start-ups, même les entreprises établies peuvent rencontrer des surprises. Des politiques de conservation des documents qui prévoient une durée de cinq à sept ans peuvent générer des lacunes dans les archives historiques en cas de revues tardives.
La gestion des tables de plafonds est un autre domaine nécessitant une attention. Un tableau des plafonds correctement tenu documente les pourcentages de propriété, types d’actions et identités des investisseurs, car un changement de propriété de plus de 50 % sur trois ans peut entraîner des limitations sur l’utilisation de pertes et crédits antérieurs.
En somme, la meilleure approche consiste à établir une infrastructure financière et fiscale adéquate dès le début. Les structures de R&D transfrontalières, bien que complexes, sont efficaces et nécessaires à l’innovation en sciences de la vie. Une attention rigoureuse aux détails, bien que discrète, est précieuse dans le processus de levée de fonds ou de fusion-acquisition, où les investisseurs exigent des documents précis et accessibles. Identifier des lacunes dans la documentation lors de ces phases peut se révéler coûteux, rendant essentiel le bon établissement des systèmes dès la création de la filiale américaine.