Une tendance sanitaire préoccupante émerge dans le domaine du vieillissement : le taux de mortalité par chutes chez les personnes âgées a plus que triplé au cours des 30 dernières années. Bien qu’aucune preuve directe ne lie cette augmentation à la surprescription de médicaments, les chiffres sont alarmants.
Actuellement, quatre seniors sur dix prennent cinq médicaments ou plus, un taux qui a triplé par rapport à il y a deux décennies. Selon des données de Medicare, plus de 7,5 millions de personnes âgées se voient prescrire simultanément huit médicaments ou davantage pendant au moins 90 jours.
Ce phénomène, connu sous le nom de « polypharmacie », entraîne des risques accrus de vertiges, de confusion et de perte d’équilibre. Dans le même temps, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) rapportent que les chutes tuent un nombre record d’Américains âgés, avec 41 000 décès enregistrés en 2023. À l’inverse, d’autres pays à revenu similaire ont observé une diminution des taux de mortalité dus à ces accidents au cours des trois dernières décennies.
En tant que gériatre ayant exercé quatre décennies, le Dr Nick Snowman a constaté des changements significatifs chez ses patients. Selon lui, l’espérance de vie a augmenté, mais cette longévité est souvent caractérisée par une plus grande fragilité. Il attribue une part de l’augmentation des chutes à la longévité accrue et à de meilleures pratiques de documentation des accidents.
Les statistiques révèlent que 3,9 millions de personnes âgées prennent 10 médicaments ou plus, tandis que plus de 419 000 prennent 15 médicaments ou davantage. Cela soulève des questions essentielles sur l’évaluation des prescriptions, souvent négligée lorsque plusieurs spécialistes interviennent sans coordination.
Pour remédier à cette situation, il est conseillé aux personnes âgées de faire évaluer régulièrement leur liste de médicaments avec leur médecin. Une attention particulière devrait être accordée aux prescriptions liées aux troubles du sommeil, de l’anxiété et de la douleur, qui sont couramment liées à des effets secondaires augmentant le risque de chutes.
L’American Geriatrics Society a établi une liste de médicaments potentiellement inappropriés pour les seniors, mais la complexité engendrée par la polypharmacie rend difficile une évaluation précise des interactions médicamenteuses.
Il est impératif de commencer à prendre sérieusement en compte les chutes chez les personnes âgées. Trop souvent, elles sont considérées comme inévitables alors qu’elles peuvent signaler des problèmes de santé sous-jacents, tels que des infections ou des effets indésirables de médicaments.
Il est également essentiel de souligner que le plus grand facteur de risque de chute est une chute antérieure. Ainsi, de nombreuses chutes pourraient être évitées par une réduction de la surmédication chez les seniors, un domaine qui mérite une attention urgente.
Biographie de l’auteur : Dr Nick Snowman, gériatre et médecin-chef de Lifespark, une entreprise de santé dédiée aux seniors basée au Minnesota.
Photo : Toa55, Getty Images