Une récente série de règlements concernant des plaintes portées contre des entreprises de publicité et de fabrication de produits pharmaceutiques impliquées dans la commercialisation d’opioïdes, tels que l’OxyContin, est source d’espoir. Ces règlements, dont les montants varient entre 350 et 465 millions de dollars, visent à établir des responsabilités pour la promotion de ces médicaments hautement addictifs, souvent présentés comme non addictifs. Un aspect prometteur de ces règlements est la création de fonds spécifiquement destinés à soutenir le traitement des personnes vivant avec des troubles liés à l’usage d’opioïdes.
Cependant, des préoccupations demeurent quant aux conséquences à long terme de ces décisions judiciaires sur la crise des surdoses d’opioïdes. La persistance des pratiques de commercialisation des opioïdes, malgré les poursuites antérieures, et la problématique de la prescription excessive de médicaments à potentiel addictif soulèvent des questions critiques sur leur impact réel sur la santé publique.
Le rôle du marketing dans la genèse de la crise des surdoses d’opioïdes
Les décès liés aux surdoses de drogues ont dépassé 106 000 en 2021, majoritairement dus à des opioïdes. Cette crise remonte aux années 1990, période durant laquelle les prescriptions d’opioïdes ont commencé à augmenter suite à des directives médicales, couplées à une désinformation véhiculée par une publicité mensongère sur la sécurité d’utilisation à long terme des opioïdes dans la gestion de la douleur chronique. Les conseils de l’American Pain Society, qui ont encouragé la prise en compte de la douleur à chaque consultation, ont contribué à établir une culture de la santé où la douleur est considérée comme un « cinquième signe vital ». En parallèle, l’industrie pharmaceutique a lancé des campagnes de marketing agressives pour promouvoir l’utilisation d’analgésiques opioïdes.
Des études ont établi un lien entre les décès par surdose d’opioïdes et le marketing de ces médicaments, indiquant que plus les médecins étaient exposés à des publicités, plus les taux de mortalité par surdose augmentaient. À titre d’exemple, chaque interaction supplémentaire entre les représentants des pharmaceutiques et les médecins, telle que la fourniture de repas payés, était associée à une augmentation de 12 % du taux de mortalité par surdose. Malgré certaines limites imposées à ces interactions dans certains centres médicaux, ces mesures restent insuffisantes pour générer un impact significatif à grande échelle.
Les implications des poursuites judiciaires et des solutions possibles
Les poursuites contre les grandes entreprises de fabrication et de publicité d’opioïdes, telles que Purdue Pharma, semblent avoir incité certains concurrents à intensifier leurs dépenses en marketing jusqu’à 160 % pour promouvoir la prescription d’opioïdes. Cette réponse laisse entrevoir le risque d’une répétition des pratiques passées agressives. Dès lors, des recommandations stratégiques s’imposent pour les cliniciens et les décideurs politiques afin de contrer cette tendance.
Tout d’abord, il est crucial que les professionnels de la santé prescrivant des substances contrôlées à potentiel addictif, comme les opioïdes, bénéficient d’une formation sur l’évaluation et la mitigation des risques associés à la dépendance. De plus, une sensibilisation aux signes et symptômes de la dépendance et aux moyens d’intervention est essentielle. Des études montrent qu’un quart des prestataires de soins de santé n’a reçu aucune formation en toxicomanie durant sa formation médicale, et moins de la moitié des médecins interrogés croient que les troubles liés à l’usage d’opioïdes peuvent être traités.
Enfin, il est impératif de réévaluer les politiques encadrant le marketing de médicaments à fort potentiel de dépendance. L’Institute of Medicine a formulé des recommandations il y a plus de dix ans pour atténuer l’impact de la publicité sur les comportements de prescription, mais celles-ci n’ont pas été largement adoptées. Face à cette crise, il est temps de tirer des enseignements de l’épidémie d’opioïdes et d’instaurer des changements significatifs.
Photo : Jeffrey Hamilton, Getty Images