Servier, la société biopharmaceutique française, a récemment intensifié ses efforts d’expansion en réalisant l’acquisition de la société de biotechnologie spécialisée dans le cancer, Day One Biopharmaceuticals, pour un montant de 2,5 milliards de dollars, ainsi qu’un accord de 1,5 milliard de dollars pour acquérir l’activité neuromusculaire d’Edgewise Therapeutics. Frédéric Scaerou, responsable mondial du développement commercial de Servier, a souligné l’importance d’une vision à long terme dans ces transactions, en précisant que la société, en tant qu’entité privée, est positionnée pour agir différemment des entreprises publiques.
Fondée en 1954 et base à Suresnes, en France, Servier est régie par une fondation à but non lucratif, ce qui lui permet de ne pas répondre aux demandes des investisseurs ou des actionnaires. Scaerou a indiqué que la société dispose d’une feuille de route sur dix ans pour le développement de son pipeline de médicaments, se concentrant sur des produits phares répondant à des besoins médicaux non satisfaits.
Lors de la Convention internationale BIO à San Diego, Scaerou a déclaré : « L’avenir que nous voulons écrire pour l’entreprise est idéalement constitué de quelques produits phares répondant à un besoin important non satisfait et à une population de patients bien définie. » Il a ajouté que Servier ne cherche pas seulement le potentiel de blockbuster, mais vise avant tout un impact positif sur les patients.
Servier a fait son entrée dans le secteur de l’oncologie grâce à un accord avec Taiho Pharmaceutical en 2015, menant à la commercialisation du médicament Lonsurf, une chimiothérapie orale. Après avoir acquis l’activité oncologie de Shire pour 2,4 milliards de dollars en 2018, Servier a ainsi établi sa première empreinte aux États-Unis. Les opérations américaines de la société sont principalement localisées à Boston.
En 2021, la société a également renforcé son portefeuille en rachetant l’activité oncologie d’Agios pour 1,8 milliard de dollars, permettant à Voranigo de recevoir une approbation réglementaire pour traiter deux types de gliomes de bas grade chez les adultes. Souhaitant élargir son expertise, Servier a décidé d’inclure les troubles neurologiques rares dans ses priorités thérapeutiques, avec Ojemda, un médicament approuvé pour le gliome pédiatrique de bas grade.
Les nouvelles acquisitions, notamment celle d’Edgewise, qui développe sevasemten pour la dystrophie musculaire de Becker et Duchenne, viennent s’ajouter aux efforts de Servier dans le domaine neurologique. Scaerou a précisé que cet accord ne se limite pas aux médicaments, mais apporte également une expertise précieuse à l’entreprise, facilitant ainsi ses projets d’extension.
Pour l’exercice clos le 30 septembre 2025, Servier a annoncé un chiffre d’affaires de 6,9 milliards d’euros (environ 8 milliards de dollars), avec l’oncologie comme son domaine thérapeutique le plus lucratif. Les récentes acquisitions, y compris celle de Day One, visent à enrichir le pipeline de médicaments anticancéreux, en particulier pour traiter les cancers rares ou à besoins médicaux élevés.
Scaerou a conclu que les décisions commerciales de Servier sont moins influencées par des préoccupations liées aux échéances de brevets que celles des sociétés pharmaceutiques traditionnelles, en mettant l’accent sur une stratégie visant à investir dans des innovations scientifiques. Dans cette optique, la société cherche à bâtir un portefeuille solide avant que ses médicaments ne soient confrontés à des pertes d’exclusivité, comme c’est le cas pour Tibsovo, dont les brevets expirent en 2034.