Le secteur de la santé voit une accélération remarquée de l’intégration des technologies d’intelligence artificielle, avec des géants comme Amazon et Microsoft qui lancent des solutions de santé numérique. Amazon a étendu son assistant de santé IA à tous les utilisateurs de son application et de son site Web, tandis que Microsoft a introduit Copilot Health, une interface unique regroupant dossiers médicaux et données de santé. D’autres entreprises, telles qu’Anthropic et OpenAI, ont également développé des modèles IA orientés vers les soins de santé pour les consommateurs. Cette tendance met en évidence une vision claire des grandes entreprises technologiques : l’intelligence artificielle serait la nouvelle porte d’entrée vers des soins plus accessibles.
Cependant, certains se demandent qui a réellement accès à cette porte.
Aux États-Unis, plus de 70 millions d’adultes vivent avec un handicap, représentant 28,7 % de la population adulte selon les données du CDC. Pour beaucoup de ces individus, l’accès aux innovations technologiques en santé se heurte à des obstacles insurmontables, faisant de cette nouvelle offre un accès presque inutile.
Une nouvelle couche de disparité
Les efforts entrepris pour améliorer l’accès aux soins de santé à travers la télésanté ou les portails patients ont, dans certains cas, exacerbé les difficultés pour les personnes handicapées. Prenons l’exemple d’un patient aveugle qui utilise un lecteur d’écran et essaye de prendre rendez-vous mais se retrouve confronté à des boutons sans étiquettes. De même, une personne à mobilité réduite peut rencontrer des problèmes si un chatbot refuse la saisie au clavier.
Ces difficultés ne sont pas des conjectures. Le CDC rapporte qu’un adulte handicapé sur quatre en âge de travailler n’a pas de prestataire de soins habituel, un chiffre qui témoigne des barrières d’accès existantes. Ces obstacles ne se résument pas uniquement à des considérations financières, mais également à la compatibilité des systèmes numériques avec les technologies d’assistance.
Dans ce contexte, l’introduction d’IA dans le cadre des soins de santé représente un enjeu crucial. Les nouveaux assistants IA sont conçus comme les points d’entrée principaux pour de nombreux utilisateurs. Microsoft affirme que ses outils grand public répondent à plus de 50 millions de questions liées à la santé chaque jour, et l’assistant d’Amazon guide les utilisateurs à travers des parcours cliniques pertinents. Si ces technologies ne prennent pas en compte l’accessibilité, elles risquent de creuser encore plus la disparité en matière de santé, conditionnant l’accès aux soins à des normes de conception inaccessibles pour certains groupes.
Pas de méchanceté, de négligence
Il est important de clarifier cette situation : les entreprises comme Amazon et Microsoft n’essaient pas délibérément d’exclure les patients handicapés. Le problème réside plutôt dans le fait que l’accessibilité n’a pas été considérée comme une priorité durant le processus de conception. Elle a souvent été reléguée à un « plus tard » ou ignorée complètement.
Récemment, des utilisateurs de lecteurs d’écran ont signalé que le secteur des soins de santé est l’un des environnements numériques les moins accessibles. Les tâches courantes, telles que prendre un rendez-vous ou vérifier des horaires, deviennent presque impossibles si une plateforme n’a pas été conçue pour fonctionner avec des aides techniques. Les audits de l’industrie révèlent systématiquement des violations d’accessibilité sur les sites de santé, découragées par des champs de formulaire mal étiquetés ou un contraste de couleurs inadéquat.
Une étude publiée en 2025 dans les Revues SAGE a indiqué que la majorité des outils de santé basés sur l’IA n’ont pas été élaborés avec la participation des personnes handicapées, ce qui conduit à des systèmes peu fiables et à des résultats biaisés. Bien que l’IA puisse contribuer à améliorer l’accès à l’information et à diminuer les lacunes existantes, cela nécessite une prise en compte sérieuse de l’accessibilité dès la phase de conception.
L’horloge réglementaire tourne
Actuellement, les régulateurs commencent à mettre en place des normes. Le HHS a établi des règles exigeant que les prestataires de soins de santé financés par le gouvernement respectent les normes d’accessibilité WCAG 2.1 de niveau AA d’ici mai 2026. Les petites organisations disposent d’un an de plus pour s’y conformer.
Cependant, ces règles ne prennent pas en considération la rapidité avec laquelle les technologies d’IA remplacent les canaux d’interaction traditionnels. Alors que les chatbots deviennent les moyens privilégiés pour les patients de décrire leurs symptômes et d’accéder aux soins, les questions d’accessibilité se complexifient. Elles ne se limitent pas à vérifier si un site web respecte les critères d’accessibilité ; il s’agit de savoir si une personne avec un lecteur d’écran peut utiliser efficacement ces nouveaux outils.
Pour l’instant, cette question demeure sans réponse et le déploiement des technologies précède largement les tests d’accessibilité. Pour les organisations de santé cherchant à naviguer dans ces nouvelles réglementations, une consultation minutieuse des directives du HHS et du DOJ est essentielle.
Ce qui doit arriver
Les solutions à ces défis ne nécessitent pas une innovation révolutionnaire, mais plutôt un changement de priorités. Les systèmes de santé devraient exiger des rapports de conformité en matière d’accessibilité avant d’adopter des outils d’IA, tout comme ils le font pour les exigences HIPAA. Les développeurs de ces technologies devraient tester l’accessibilité tout au long du processus de création, et non pas a posteriori. De plus, il est essentiel que les entreprises leaders, notamment Amazon et Microsoft, divulguent les performances de leurs outils en matière d’accessibilité.
Les personnes handicapées continuent de faire face à des obstacles bien documentés dans l’accès aux soins. Elles sont plus susceptibles de retarder leur traitement et de rencontrer des besoins médicaux non satisfaits. L’intelligence artificielle pourrait alléger certaines de ces difficultés, en rendant l’information médicale plus accessible et personnalisée. Cependant, cela ne sera possible que si les concepteurs de ces outils reconnaissent que l’accessibilité est une priorité non négociable. L’investissement dans la santé numérique est massif ; il est donc crucial de se demander qui, dans cette équation, reste encore à l’écart.